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Voyager loin pour entendre hurler les loups

Rencontre avec Sylvain Macchi, au parc du Gévaudan

lundi 12 décembre 2005, par Netsuke

Grand baroudeur devant l’éternel, Sylvain Macchi, responsable zootechnique au parc du Gévaudan, en Lozère, a la chance, depuis dix ans, de vivre quotidiennement sa passion pour les loups. Portrait d’un homme heureux, qui a vu ses rêves les plus chers se concrétiser et qui prépare activement son prochain voyage, qui va le conduire, en janvier, à la rencontre des loups d’Alaska.

Laponie, Norvège, Espagne, Portugal, Québec, Roumanie, Pologne, Italie, Wisconsin, Michigan, Rocheuses canadiennes, Idaho, Wyoming ou Montana : la liste est longue des lieux qu’en vingt-cinq ans Sylvain Macchi a arpentés, en quête de l’un des plus mythiques animaux de la planète, le loup. « Je parcours une zone. Si elle est intéressante, j’y reste plus longtemps ». But des voyages, « se faire une idée de la situation sur le terrain et discuter avec les populations locales ». « Si j’ai l’occasion de voir des loups, c’est la cerise sur le gâteau », explique-t-il, lui qui, au gré de ses périples, a côtoyé Luigi Boitani, David Mech ou Jim Brandenburg, tous « humbles et abordables » comme seuls les plus grands savent l’être.

« Les loups l’ont adopté »

C’est en 1980, au hasard d’un article du « Reader’s Digest » intitulé « Les loups l’ont adopté », sur la vie de Jack Lynch, que le déclic s’est fait. Sylvain Macchi, cet enfant de Paris se prend d’une passion dévorante pour les loups. Il lui faudra des années avant de vivre de son rêve. Qu’importe ! La passion chevillée au corps, Sylvain Macchi profite de ses congés pour courir le vaste monde, piste les loups en Europe, aux Etats-Unis, finançant ses pérégrinations en cumulant les jobs. Sept ans dans une société de décoration pour le Palais royal du Maroc, sept autres années dans une entreprise d’export de produits pharmaceutiques et, entre les deux, une rencontre, déterminante, qui va faire basculer son existence.

« C’était l’aboutissement d’une légende personnelle »

Venu dans le Gévaudan en 1990, Sylvain Macchi fait la connaissance de Gérard Ménatory, le fondateur du parc à loups de Sainte-Lucie. Il reste finalement un mois sur le site puis, de lui-même, refait certains de ses voyages, l’informant de l’évolution de la situation dans les différents pays traversés. Paraphrasant Paulo Coelho, Sylvain Macchi dit de cette période, de cette rencontre et des années qui s’en sont suivies : « C’était l’aboutissement d’une légende personnelle ».

En 1995, quittant tout, famille, amis, appartement, sécurité financière, Sylvain Macchi accepte un CDD de six mois en tant que guide animalier. Dix ans plus tard, il est devenu le responsable zootechnique du parc. En compagnie d’Audrey Prucca, archéo-zoologue de formation, il assure les quatre visites guidées quotidiennes (cinq en période estivale), s’occupe de la gestion, de la santé et du bien-être des cent trente-six loups du parc. A l’instar de Gérard Ménatory, il prend très à cœur le volet pédagogique de sa fonction et, en sus de son travail d’information du public lors des visites, sillonne la France pour donner des conférences. Administrateur de Ferus, Sylvain Macchi accepte également d’aller à la rencontre des éleveurs et des chasseurs pour, photos de son cru et diaporamas à l’appui, leur faire partager son expérience du prédateur.

Identifier tous les loups

Titulaire depuis juin 2005 du certificat de capacité, Sylvain Macchi s’attache, épaulé par le directeur, Fabrice Tareau, à rattraper quelques années de flottement dans la gestion des meutes. En l’occurrence - via l’implantation de puces électroniques - à identifier tous les loups afin que prochainement, des individus puissent quitter Sainte-Lucie pour aller vivre dans d’autres parcs, Sainte-Croix, en Lorraine, par exemple. Il aimerait également que des scientifiques saisissent l’opportunité qui leur est donnée d’étudier les soixante-sept loups de Mongolie qui peuplent le parc d’observation d’une vingtaine d’hectares, situé en contre-bas du site principal où se déroule l’accueil du public.

En janvier, durant le mois de fermeture annuelle du parc, Sylvain Macchi va une fois de plus reprendre son sac à dos pour s’en aller bourlinguer loin, là où l’appellent les loups, dans la froidure hivernale de l’Alaska. A celles et ceux qui aimeraient suivre ses traces, il dit qu’« on peut avoir une passion sans en vivre », qu’il suffit d’aller passer ses vacances « en milieu naturel, sur les traces des loups », et qu’il ne faut pas craindre « de se donner les moyens de réaliser ses rêves », quitte à tout abandonner, pour n’avoir aucun regret et pouvoir se dire, « au moins j’aurai essayé ».

A voir : L’album de Sylvain Macchi

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