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Un 20 novembre à Merzig

Quand la meute rencontre les loups

Novembre 2005 — maj : Septembre 2006, par Snakeloup



Ça aurait pû être un de ces dimanches d’automne comme tous les autres. Ça aurait pû rester un 20 novembre brumeux et froid comme on les aime, un de ces nombreux dimanche où l’on est heureux de remonter la couette jusqu’au menton en regardant le gel prendre d’assaut les fenêtres avant de s’ensevelir dans un sommeil cotonneux et confortable, un de ces dimanches où la télé débite sa logorhée à longueur de temps pendant qu’un bon feu brûle dans la cheminée. Ça aurait pû, mais ça n’a pas été. Au contraire. Partis, pour certains la veille, un groupe de calus brava tempête et brouillard pour partir au parc. Au parc ? oui ! mais pas n’importe lequel. Fondé en 1977 par un passionné, le parc de Merzig accueille une population bien particulière. Qu’ils soient sibériens, arctiques, afghans, lituaniens, ou autres, ici les loups ont leur repaire. Le passionné en question est lui aussi bien connu. Homme d’aspect, au coeur et au comportement de loup, Werner FREUND, pour ne pas le citer, compatriote et ami de Konrad LORENZ (considéré comme le "père" de la psychologie animale), célèbre comportementaliste animalier, l’homme-loup... Werner FREUND donc tient et entretient ce parc à loups. J’entends déjà certains qui grondent : "Parc", ça veut dire "clôture", ça veut dire "espace restreint" etc. Oui mais... non. Dans cet espace d’environ 5 hectares, quelques enclos se dissémine le long de sentiers boueux. Derrière ces grillages, nul béton, nul artefact, seulement des arbres, des coteaux, des pierres et ... des loups. Joueurs, malin, ils gambadent en plein air, à peine limités par une clôture contre laquelle ils viennent se frotter pour accueillir les visiteurs.

Des membres des forums "Ile-de-France Champagne-Ardennes" et "Alsace-Lorraine et Franche-comté" se sont donnés rendez-vous, justement, pour jouer les visiteurs. Le brouillard ne nous lâche pas. Depuis hier, une couverture brumeuse envahit le paysage, masquant le ciel et couvrant le sol d’un linceul humide. Les arbres se cachent derrière ces rubans nébuleux, et les silhouettes que l’on distingue à peine ont quelque chose de fantasmagorique. Mais devant le parc, au moment des retrouvailles, le soleil ne vient pas du ciel : il vient du coeur de cette trentaine de personne, heureuses de se rencontrer. Certains se connaissent, d’autres pas et font connaissances. Dans l’air règne un calme polaire, mais au sein de la meute la chaleur est celle de l’été, et c’est en riant, parfois à gorge déployée, que les membres se retrouve, là, devant le parc des loups.

A l’invite de notre hôte, Aurélie, plus connue sous le nom de "calamity-jojo" ou, plus sobrement "jojo la cheyenne", la meute s’avance alors dans le parc. A peine avons-nous fait quelques pas que surgissent du brouillard les piquets et grillages garantissant et notre sécurité, et celle des occupants du lieu. Derrière le grillage, deux loups, fiers et curieux, nous accueille en silence. L’un est une femelle, ancien alpha d’un groupe que l’on découvre plus loin, l’autre et un jeune mâle d’une autre portée. Aucun bruit n’émane de ce couple aux flancs gris et au dos noir, mais leurs yeux parlent plus que des discours. Et s’ils nous souhaite la bienvenue, ils nous enjoignent aussi à ne pas les importuner. Malgré les treilles qui nous sépare, ils semble nous dire "laissez-nous notre tranquillité".

Un peu plus loin, un homme, affublé d’un chapeau en feutre et d’un vêtement militaire, la face burinée de ces hommes qui vivent au grand air, nous accueille. Il ne lui manque que le cigare, qu’il remplace bien vite par un micro. Voici l’ami des loups (FREUND=AMI en alemand, nda), voici celui qui prouva au monde entier que le loup n’est pas le sauvage que l’on croit. Voici Werner FREUND. Dur, à l’image de la terre d’où il est né, paisible, comme la forêt qui nous entoure, son visage marqué s’orne à peine d’un sourire, mais ses yeux expriment à eux seuls le bonheur d’être ce qu’il est. Issu d’une famille de berger, M FREUND met très tôt en oeuvre ses talents de communication avec les animaux qui l’entoure : chiens, moutons, etc. Âgé d’à peine 18 ans, il devient soigneur dans un zoo, exerçant l’éducation de ses parents. Il devint peu de temps après militaire, apprenant à vivre en solitaire, au milieux de nulle part. En 1972, après de multiples expériences à travers le monde, et au contact d’animaux aussi divers que peu communs, des hyènes, des ours, des éléphants, il se découvre une passion pour le loup. On peut parler de coup de foudre, ou même de révélation. Toujours est-il qu’après bien des démarches, il érige en 1977 le premier enclos du parc, lequel accueillera le premier couple de loups, des sibériens.

Et là, sous sa chapka, sous son vêtement militaire, Werner FREUND commence à nous parler de sa passion. Son regard étincelle quand il entreprend sa narration, traduite par la voix douce et mélodieuse d’Aurélie. Alors Werner FREUND nous raconte comment il vit avec les loups, comment il les approche et se fait accepter d’eux. Il est le père de tous ces loups. Et tandis qu’il parle, une plainte sourde provient de l’entrée du parc, immédiatement reprise par les arctiques devant lesquels nous nous trouvons et, instant magique, poursuivie par Werner lui-même. La conférence s’interrompt un instant, le temps de quelques hurlements qui résonnent à travers le parc, dominés par ceux de l’homme-loup. C’est l’appel de la chasse, l’appel du groupe. Concluant alors brièvement son exposé, M Freund va nourrir les loups. Avant de déverser les carcasses crues à même le sol, il salue le couple dominant, lequel le lui rend bien, et c’est donc assis sur une souche qu’il fait de grosses papouilles aux loups, lesquels ne se dérange pas pour lui ravaler le visage à grands coups de langue affectueuse. Après les avoir laissés en compagnie de morceaux de gibiers, il nous enjoint à le rejoindre à l’enclos des "jeunes", lesquels cavalent derrière les arbres, reproduisant la chasse au caribou telle que la jouait leurs aieüx. Pour faire comprendre à ces jeunes l’empreinte et le rôle du dominant, M FREUND s’allonge devant la carcasse d’une biche et empêche les loups d’en approcher, avant un petit moment. Puis il se recule et reste à proximité des canines qui s’activent dans la viande fraîche, sans pour autant les gêner : après s’être "repus", il surveille le repas des membres les plus jeune de "sa" meute.

Après le repas, il reprend quelques instants la parole, avant de laisser les visiteurs que nous sommes partir à leur tour se sustenter. Le repas est convivial, à l’image de la meute, et copieux, à l’image des repas allemands. Mais bien vite, le sujet principal de la conversation s’oriente vers le vécu de la matinée, et c’est alors piaffant d’impatience, que nous finissons le repas et repartons visiter les loups. De nouveau la louve et le jeune nous saluent, silencieusement. En les dépassant, nous atteignons un croisement qui mène à divers enclos. A gauche les arctiques, nous partons à droite. Là un trio de sibériens nous fait face. La queue légèrement penchée, signe de curiosité teintée de crainte, ils viennent à notre rencontre. Dans leurs yeux se lisent à la fois l’envie de jouer, l’aggressivité, le besoin de tranquillité et une sauvagerie (par opposition à domestication, nda) comme jamais nous ne pouvions l’imaginer. Malgré l’enclos qui les enserre, ces loups resteront des loups : libres, sauvages, carnivores et magnifiques. De ce moment, la meute commence à se disloquer. Certains par obligations, d’autres ont à coeur de voir de plus près les loups qu’ils trouvent les plus beaux, d’autres souhaitent simplement prendre le plus de photos possibles. Quelles que soient les circonstances, peu à peu des membres rentrent chez eux. Et petit à petit, alors que les membres se quittent sur de déchirants au-revoir, souvent salués par le chant des loups, le soir doux commence à tomber dur la forêt. Bientôt la lumière décroît, et l’on profite alors des derniers moments à passer en compagnie des loups. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et au final ne restent que les membres les plus lointains, et notre hôtesse cachée sous son Stetson.

Le coeur plein de souvenirs et l’appareil plein d’images, les parisiens repartent pour la grisaille de la capitale, accompagnés, comme une promesse de se revoir, comme un dernier souvenir qui s’attarde, accompagnés par le brouillard.

Ça aurait pû être un dimanche d’automne comme tous les autres, un dimanche froid et pluvieux, banal, comme novembre sait si bien les faire, un de ces dimanches où rien ne bouge et surtout pas la couette sous laquelle on s’emmitoufle. Au contraire ! Ce fut un dimanche magique, un moment unique, nimbé d’une aura fantastique. Ce fut un dimanche mouvementé, riche en surprise et en événements, ce fut un dimanche comme on aime se les rappeler : vivant. Ce fut un dimanche trop tôt quitté, et la seule question que l’on puisse encore se poser maintenant c’est : à quand le prochain ?


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9 Messages de forum

  • > Un 20 novembre à Merzig

    22 novembre 2005 09:39, par R2
    Merzig et Werner ne sont pas des inconnus pour moi,et,cet article très bien écrit,réflete exactement ce que j’ai ressenti quand j’y suis allé et me rappele d’excellents souvenirs merci

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  • > Un 20 novembre à Merzig

    22 novembre 2005 17:51, par Gulby
    T’es un boss Snakeloup !!! ^^ Tu as un incontestable don pour l’écriture, certes pas très académique et avec quelques répétitions(volontaires), mais qui laisse largement la place à l’émotion !!! J’en ai eu la chair de poule ! (c’est vrai !!! :D) ça me dégoûtte encore plus de pas avoir pu venir, mais bon... >_< Quand on est chômeur et qu’on cherche du boulot, hein... :( humpfh... Ce sera pour une prochaine fois... En tout cas, c’est vrai que ça a dû être magique, vraiment, un instant de communion avec la Nature, avec les Loups... ^^ Cool ! Bon courage à M. Freund vis à vis des critiques négatives sur son Parc merveilleux, et bonne continuation à lui... Et à toi aussi, Snakeloup ! ^^ ;)

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  • > Un 20 novembre à Merzig

    23 novembre 2005 08:47, par Avalon
    Je reconnais bien là ta "patte", si particulière Snakeloup. Celle qui m’entraîne si loin, et qui me comble de joie à chacun de tes écrits. L’émotion y est omniprésente, comme d’habitude, et surtout ton ressenti tellement réel et vivant, que juste en fermant les yeux, j’avais l’impression d’être là, à vos côtés. Merci à toi, ô humble conteur de nos amis loups. Bisous

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  • > Un 20 novembre à Merzig

    23 novembre 2005 16:55, par evalouve

    bonjour Snake

    quelle chance de t’avoir parmi nous comme le conteur de notre meute !!

    tu as su nous donner l’essence magique de cette journée comme me l’a décrite Nellounia mon amie de l’Est !!

    merci de ce compte-rendu qui nous a permis d’échanger, malgré notre absence, les moments que vous avez vécus si chaleureux , entre membres de notre meute !!

    bisous à tous

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  • > Un 20 novembre à Merzig

    23 novembre 2005 19:18, par FENRIR

    moi, je n’y suis encore jamais allé, je ne connaissais même pas...Mais cette article décrivant une journée exeptionnelle, riche en rencontres m’a fait découvrir la destination de mes prochaines vacances.

    Merci beaucoup de nous rappeler, par ces moments magiques, que le Loup peut encore vivre librement, même si cette liberté est vécue dans un parc. Mais sait on jamais, un jour viendra où cet animal majestueux repeuplera ses territoires perdus. Pour cela, continuons la lutte !

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  • > Un 20 novembre à Merzig

    24 novembre 2005 07:59, par Josiane
    Je connaissais cet "homme-loup", l’ayant déjà vu dans divers reportages télévisés. Heureusement que des hommes tels que lui existent. Quel amour il a pour ses loups ! Cette relation est très émouvante... Merci de nous avoir narrer cette journée avec tant de brio !

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  • > Un 20 novembre à Merzig

    24 novembre 2005 10:57, par Lhune

    Cet article me fait monter les larmes aux yeux ! Ayant moi-même participé à la rencontre, des souvenirs me reviennent en mémoire, des sensations perdues rejaillissent dans mon coeur. Ce fut beau, intense même, mais court !

    Merci Snake pour la justesse de ta plume ! Des rencontres comme ça, ça ne s’oublie pas !

    Lhune !

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  • > Un 20 novembre à Merzig

    25 novembre 2005 08:21, par louvannie (annie)
    Je connais cet Homme FREUD pour avoir vu des repotages !je le trouve fantastique Que d’emotions en lisant votre article,j’aurais voulu pouvoir partager cette journée avec la meute !il est heureux de savoir qu’il existe encore des personnes qui soient capable de grandes choses !merci mille fois a toutes ces gens et a ceux qui nous font partager ces instants fabuleux ! MERCI

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  • Merveillleux, fabuleux !!!

    9 février 12:08, par Sandra

    Je trouve que la narration de ton expédition est très fidèle à ce qu’est ce parc, que je suis allée visiter il y a quelques années. Je compte bien y retourner cette année, maintenant que je suis de retour à Metz (il faut dire que j’ai vécu 5 dans le Sud Ouest).

    J’ai envie de faire visiter ce parc à mes 2 enfants et de leurs transmettre mon amour pour ces loups qui sont magnifiques ! Werner est formidable, quand il est avec sa meute : un silence plane, on en est béat de surprise et de joie. Il sait communiquer sa passion avec une telle fougue ! On dirait que les loups sont presque ses enfants... J’aurai aimé être avec lui et partager les léchouilles de ceux qui ne sont pas "les grands méchants loups" !!!

    Hier, je suis allée voir "survivre parmi les loups" après avoir lu le roman (c’est une histoire vraie d’une fillette juive de 7 ans, qui a traversé l’Europe pour essayer de retrouver ses parents déportés à l’Est et à un moment elle est adoptée par une mère louve, c’est beau à pleurer). J’ai pu à nouveau voir le comportement de cet animal fabuleux et qu’est ce que j’ai pu pleurer !!!

    Alors un conseil lisez le roman de "Misha DEFONSECA" d’abord, allez voir ce film qui est fort en émotion, mais SURTOUT allez rendre visite à la "Meute" de Werner Freund, vous qui êtes ami des loups ne serez pas déçus ! Je vous le garantie !!!

    Sandra

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