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Rencontre avec Cornelia Keizer

samedi 30 avril 2005, par Netsuke

Depuis trente ans, entre la Hollande et la France, Cornelia Keizer vit sa passion : le chien-loup. Elle nous a accordé une interview, notamment parce qu’elle souhaitait s’exprimer sur le chien-loup tchécoslovaque et sur les propos tenus par Christopher Mad’dene dans « Les Dernières Nouvelles d’Alsace » et sur loup.org. Rencontre.

Bonjour Corrie,

Pourriez-vous, en quelques mots, vous présenter ?

CK : Je suis une Hollandaise atterrie en France par amour pour ce pays et son espace. J’étais enseignante-universitaire en Hollande, et maintenant que je suis à la retraite, je m’occupe à 200% de chiens-loups.

Tous les amateurs de chiens-loups français et, plus largement, européens, vous connaissent ou ont entendu parler de vous. A quand remonte votre passion pour les chiens-loups ?

CK : J’ai fait la connaissance du chien-loup de Saarloos car j’habitais dans la même ville que monsieur Saarloos, Dordrecht, pas très loin de Rotterdam. Petite, j’étais fascinée et je me disais, « quand je serai grande, j’en aurai un ».

Pourriez-vous nous parler de votre premier Saarloos ?

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Saarloos

CK : J’ai eu mon premier Saarloos en 1973, après avoir patienté trois ans sur une liste d’attente. Il s’appelait Tarno Van De Kilstroom, de l’élevage de monsieur Saarloos, et je l’ai reçu des mains de sa veuve et de sa fille. Ce fut le début d’une longue histoire d’amour. Mes trois premiers chiens venaient tous des l’élevage de monsieur Saarloos. Comme la race n’était pas reconnue par la Société centrale canine (Raad van Beheer), tous les chiens-loups de Saarloos venaient forcément de chez lui.

Et avec le chien-loup tchécoslovaque ?

CK : J’ai pris mon premier chien-loup tchécoslovaque en 1995, une femelle appelée Jolly Seda Eminence. Je l’ai choisie chez des éleveurs qui faisaient un gros travail de promotion de la race et qui avaient des tchécoslovaques de travail. Je voulais différencier les Saarloos des tchécoslovaques par leur capacité de travail.

Est-ce précisément ce côté « travail » qui fait la différence entre les deux races ?

CK : Pour moi oui, car physiquement ils se ressemblent beaucoup.

Depuis combien de temps élevez-vous des chiens-loups tchécoslovaques ?

CK : Depuis 1995. J’ai eu ma première portée en 1997.

Etant donné que les deux races sont issues de croisement entre des loups et des bergers allemands, comment expliquer les différences ?

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Skug

CK : C’est une question de sélection. A la mort de monsieur Saarloos, il y avait des demi-loups, car il avait introduit une seconde louve en 1963. Il y a eu deux lignées, une de demi-loups et une de quart-de-loups. Monsieur Saarloos aimait faire travailler ses chiens-loups, mais dans son entourage, il y avait des gens qui aimaient surtout « l’aspect loup ». J’ai eu un petit de la première portée où les demi et les quart-de-loups ont été croisés. Ensuite, le club de race a privilégié l’aspect lupoïde. Comme il y a vingt-cinq ans entre la création des deux races, je pense qu’on peut comparer le tchécoslovaque aujourd’hui à ce qu’était le Saarloos il y a vingt-cinq ans.

Pourrait-on dans ce cas imaginer des chiens-loups tchécoslovaques aussi craintifs que les Saarloos ?

CK : L’instinct de fuite chez le loup, ça doit être un de ses instincts les plus forts... Quand on a à la base le même matériel, on peut, si on veut, arriver au même résultat. Tout est une question de sélection...

Quelle race pour quel propriétaire ?

CK : Le Saarloos est un chien de compagnie. Le tchécoslovaque doit avoir un maître qui a la volonté de le faire travailler. La discipline choisie importe peu, pourvu qu’il travaille, c’est indispensable à son bien-être. Il faut un mélange de passion pour le loup et d’envie de faire travailler son chien pour avoir un tchécoslovaque. Ce qui est difficile à prévoir, c’est l’investissement en temps et en disponibilité d’un propriétaire de chien-loup. Pour ma part, je reproduis plus le Saarloos que le tchécoslovaque car je trouve qu’à notre époque, les gens ont plus besoin d’un chien de compagnie que de travail.

Il a été question du chien-loup tchécoslovaque récemment, dans un article paru dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Voudriez-vous réagir aux propos relatés dans l’article ?

CK : J’ai exprimé le regret des paroles de Christopher Mad’dene, qui sont très peu nuancées et complètement à côté de la plaque. C’est son manque d’expérience de la race qui est en cause, plus que le chien-loup tchécoslovaque.

Pourquoi le chien-loup tchécoslovaque a-t-il été créé (en réponse aux propos de Christopher Mad’dene sur la guerre froide) ?

CK : Le chien-loup tchécoslovaque est une expérience de l’armée tchécoslovaque. Les militaires ont créé un chien très endurant et très indépendant, car pour garder les frontières, il faut un animal capable de faire des allers-retours sur des centaines de kilomètres, tout seul.

Les deux races sont-elles présentes sur tous les continents, dans tous les pays ?

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Mme Cornélia KEIZER avec XANTIA

CK : Il y a quelques chiens-loups tchécoslovaque aux Etats-Unis, un au Canada, aucun en Amérique du Sud, en Afrique ou en Asie. C’est surtout en Europe qu’on les trouve. Aux Etats-Unis, au Canada et en Angleterre, le Saarloos et le tchécoslovaque ne sont pas reconnus. En Angleterre, ils sont sur la liste des animaux sauvages dangereux, d’après un rapport fait par le DEFRA (le Department for Environment and Rural Affairs), le ministère de l’Agriculture britannique. Il est basé sur des données et statistiques américaines sur les hybrides de loups aux Etats-Unis (donc sans fondement par rapport à la réalité du Saarloos et du tchécoslovaque). Ils ne savent finalement rien sur le Saarloos et le tchécoslovaque, et ne se sont pas donné la peine d’en apprendre plus.

Pensez-vous qu’il y ait un danger de voir l’une de ces deux races devenir « à la mode » ? Et si oui, quels seraient les risques ?

CK : Le tchécoslovaque prend un envol qui m’inquiète. Je suis persuadée que ce n’est pas un chien pour tout le monde. Les éleveurs de Saarloos ont plus d’expérience dans le temps pour avertir les gens. Le côté lupoïde du chien-loup tchécoslovaque attire des gens qui ne sont pas capables de gérer son tonus et son côté destructeur. Quant au Saarloos, depuis le temps qu’il est en France, on peut penser qu’il restera confidentiel et c’est tant mieux.

En conclusion, on peut avancer ces quelques chiffres, fournis par la SCC (la Société centrale canine) en la personne de Grégoire Leroy, ingénieur agronome (qui prépare une thèse sur la génétique canine, la gestion des races et la variabilité génétique) :

La population de chiens-loups de Saarloos sur le territoire français, en prenant en compte les immatriculations LOF entre 1994 et 2004, s’élèverait à 230 individus.
La population de chiens-loups tchécoslovaque sur le territoire français, en prenant en compte les immatriculations LOF depuis 1999, s’élèverait à 182 individus.

Site internet : Elevage de Louba-Tar

Voir en ligne : Elevage de Louba-Tard

Documents joints

  • Témoignages (PDF – 477.8 ko)

    De nombreux membres du forum wolfdog on également souhaité réagir aux propos de Christopher Mad’Dene, voici donc quelques témoignages.

On en discute aussi sur les forums de La Meute

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