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Plaidoyer pour un mal aimé

dimanche 19 décembre 2004, par loup.org

Jamais aucun animal n’aura autant fouetté l’imaginaire européen. Le loup ! Il a hanté nos nuits et nos peurs, il habite notre esprit depuis des millénaires. De quoi ne l’avons-nous pas accusé, de quoi ne l’aurons-nous pas puni ? A tel point que, depuis plus d’un demi-siècle, il a été définitivement éliminé de notre pays. Mais voici que le loup revient. En 1992, il s’est d’abord installé dans le massif du Mercantour, et aujourd’hui dans une partie des Alpes.

Comment a-t-il fait ? Par quelles étapes est-il remonté d’Italie, des Abruzzes et des abords de Rome ? Comment a-t-il évité piégeurs et tueurs ? Par quels chemins de crête se sera-t-il faufilé ? C’est son secret, son mystère. L’important est qu’il nous donne une seconde chance, sans doute la dernière. La chance de repenser et refonder notre relation à la vie sauvage sur des bases moins violentes.

La planète est en train de subir une crise dramatique, au cours de laquelle des milliers d’espèces végétales et animales vont disparaître à jamais. Préserver la biodiversité de ces espèces et de ces variétés n’est pas qu’un slogan de plus dans les discours, c’est une obligation qui s’impose à tous. Sur ce terrain, il est sans doute plus facile de faire la leçon à l’Afrique, pourtant ravagée par la misère, les guerres et la maladie. Mais à bien y penser, les loups sont tout simplement nos éléphants, et nous avons aujourd’hui le savoir-faire nécessaire pour vivre avec eux en véritable cohabitation. Combien sont-ils chez nous ? Peut-être une trentaine, ce qui serait déjà trop à en croire certains. Plusieurs loups ont été tués, le plus souvent empoisonnés, comme jadis. D’autres le seront peut-être au printemps par des chasseurs hors-la-loi. Or, aucune autorité publique n’a le courage d’élever la voix pour rappeler que le loup est un animal protégé par une convention internationale signée à Berne, ainsi que par la directive Habitats. Et qui oserait reconnaître que le retour du loup est au fond un magnifique hommage qui nous est fait ?

Pas de malentendu cependant. Nous n’avons jamais pensé que le loup pouvait avoir tous les droits. La montagne est aussi habitée par des hommes et par quantité d’autres animaux, sauvages ou domestiques. Or le loup croque chaque année quelques centaines de brebis, ce qu’il a d’ailleurs toujours fait. C’est infiniment moins que les pertes dues à la foudre ou à la morsure des chiens errants mais, pour les éleveurs déstabilisés par une crise sans fin, c’est un traumatisme insupportable. Ils ont le droit d’être écoutés, d’être entendus. Pour autant, cela ne les autorise pas à faire de cet animal le bouc émissaire, sans jeu de mots, de difficultés économiques qui ne sont évidemment pas de son fait.

En attendant qu’elles soient résolues, il va de soi qu’il faut pouvoir défendre les troupeaux dans des conditions raisonnables. En cas d’attaque et de perte d’animaux, des indemnités appropriées doivent être versées qui prennent en compte la dimension psychologique - entre autres, le stress de l’éleveur - d’un tel face-à-face. Ceci étant, il nous semble qu’une question plus fondamentale s’impose à tous : la coexistence entre le monde sauvage et notre civilisation est-elle encore possible ? Nous en sommes convaincus.

Certes, rien n’est simple, rien n’est facile. Mais nous pensons qu’un pastoralisme rajeuni, s’appuyant, comme dans tant d’autres pays, sur la présence très efficace de chiens de protection et de l’indispensable berger, permettrait de poser la question du loup en termes nouveaux. Dans le Montana, comme dans de nombreuses régions sauvages du continent américain, des troupeaux de plusieurs milliers de bêtes passent des mois à proximité de grizzlis et de loups, sans être pour autant décimés. La France peut sans aucun doute abriter quelques dizaines de loups sans sombrer dans un mauvais psychodrame.

Nous appelons solennellement le gouvernement français à assumer son devoir de protection et à faire respecter la convention de Berne, en sanctionnant notamment tout acte de braconnage. Rien ne saurait justifier que, après avoir laissé l’ours disparaître peu à peu du paysage pyrénéen, on autorise aujourd’hui l’élimination du loup. Cet animal est d’évidence un symbole et un puissant miroir dans lequel nous pouvons et devons tous regarder. Mais c’est aussi un animal vivant. Vivant ! Vivant tant que les hommes accepteront qu’il le demeure. Bienvenue et longue vie, grand méchant loup !

Cette pétition a recueillit plus de 18400 signatures avant d’être arrétée

P.-S.

(Ce texte a été originalement publié par la rédaction de Terre Sauvage en mai 2000 - Il est repris ici avec l’aimable autorisation de Olivier Milhomme)

Photos : © Jean Pierre Olmi
Contact : 05-65-70-45-24

Pour nous aider :

Les signataires de cette pétition recevront par e-mail une lettre d’information sur l’actualité du loup et les suites données à cette pétition (ce n’est pas du SPAM, vous pouvez bien-sûr vous désabonner quand bon vous semble)

Remarques relatives à la protection de la vie privée

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