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Parc à loups du Gévaudan : la « Bête » rumeur !

mercredi 23 mars 2005, par Robert Igel

C’est bien connu et c’est certain aujourd’hui : le 19 juin 1767, sur les pentes du Mt Mouchet, Jean Chastel a tué la "Beste qui mangeait son monde en pays de Gévaudan". Pour les sceptiques de l’histoire, sans doute n’a-t-il alors abattu que le corps de l’animal légendaire. Mais où est donc passé son âme ?... Serait-ce elle qui est revenue ces mois-ci planer de nouveau en Gévaudan/Lozère en répandant ce qu’elle a su faire de mieux déjà en 1764 quand elle fit son bagage loin du côté de Langogne et qu’elle se fit précéder de la "rumeur"...

La rumeur ! elle court, elle court la rumeur ! bien plus vite que le loup qui tente de fuir sa propre destruction sous les coups de l’humanité réconciliée ; bien plus vite que le plus simple bon sens de la présomption d’innocence ; bien plus vite aussi que le seul regret de sa propre défaite quand l’intolérance se fait ressentiment ou rancune.

" le seul combat qui vaut vraiment est celui que l’on peut gagner contre soi-même... C’est pour ceux-là que les loups chanteront ce soir..."

Pourtant la bête a laissé des traces. Les gendarmes sont venus, le parquet a constaté, il ne manque plus que l’évêque de Mende pour rappeler que la punition est d’inspiration divine et le repentir salutaire... Mais qui peut croire vraiment qu’au parc à loup du Gévaudan se vendent aujourd’hui des tête de loups à 4500 € pièces sous la fourrure (pardon : sous le manteau) ? c’est au moins aussi stupide que de répandre l’idée qu’un loup d’un parc imaginaire se serait échappé en sautant la clôture ou que dans ce parc imaginaire, la gestion d’une meute consisterait à en euthanasier les individus arbitrairement jugés agressifs. Mieux même, laisser entendre que l’un ou l’autre responsable du parc du Gévaudan ait pu proposer à quelques amateurs voyous d’acquérir sous le manteau (j’allais dire : sous la fourrure) un morceau de loup, disons une demi-tête pour 2000€ (c’est tout ce qu’il reste et c’est mon dernier prix), c’est aussi débile que de "publiciter" dans un magazine sa propre photo avec un louveteau de 2 mois dans les bras au mois de mars !!! (les initiés de la reproduction chez les loups comprendront !...).

Pourtant la bête a laissé des traces. Même involontairement. Les "carences administratives dans la traçabilité des animaux du parc à loup du Gévaudan" sont une bien grande expression juridique pour dire que les loups du parc ne sont pas encore tous identifiés et répertoriés sur des registres. Mais qui veut vraiment croire qu’ils l’ont été "avant" et qu’ils ne le sont plus maintenant ? Messieurs les internautes nostalgiques et messieurs les enquêteurs administratifs, avez-vous la moindre idée de ce que peut signifier comme efforts, comme temps de travail et comme précautions à prendre l’identification de loups dans un parc animalier ? Et je ne fais ici allusion qu’à des parcs présentant une demi-douzaine de loups contrôlés en connaissance de cause et donc volontairement limités en nombre dans un enclos !

Au parc du Gévaudan, il ne s’agit pas de cela ! Le parc du Gévaudan est probablement le plus grand parc de vision européen à l’heure actuelle. Au parc du Gévaudan, il y a aujourd’hui 120 loups répartis dans 6 enclos dont 5 sont ouverts au public. Qui peut croire vraiment qu’après le fabuleux épisode publicitaire des 80 loups de Mongolie ramenés en France en 1992 grâce à la remarquable intervention de notre nationale B.B., tout allait couler de source quant à la gestion de tous les immenses problèmes qu’allait poser ce "magnifique" cadeau" ?.. Qui peut croire un seul instant qu’il allait suffire d’un claquement de doigts ou d’un simple "n’y a qu’à" pour qu’au moment de la nouvelle législation sur le contrôle individuel des animaux détenus en captivité, il allait être possible de capturer chacun des 120 loups dont 60 vivant pêle-mêle entre temps dans un enclos de 25 ha, de les identifier un à un sans que soit élaborer un plan de travail à long terme et sans alerter et mobiliser toutes les capacités disponibles concernés pour appliquer ce plan de travail ? Et cela en assurant, bien entendu, 11 mois de visites guidée par an dans une ambiance maussade de tensions et de conflits qui commence seulement à s’apaiser après une rupture, malgré tout ce qu’on peut dire, éprouvante et blessante pour tous !

Il n’est pas équitable aujourd’hui de jeter une quelconque vindicte populaire ou administrative sur les conséquences prévisibles de ce qui s’est passé en raison d’une gestion usuelle qu’aucun règlement n’encadrait alors et serait subitement devenue manquement condamnable. Les responsables du parc savent ce qu’ils ont à faire et comment le faire, ils n’ont pas besoin qu’on leur tire dessus mais plutôt qu’on les aide et qu’on les soutienne. Je le fais en leur proposant mes connaissances face à une situation complexe et pour laquelle il va falloir beaucoup de temps et de réflexions pour en dégager un programme de restauration ; pour laquelle il va falloir plus encore de temps, de sérénité et de sérieux pour en approcher la résolution finale en prenant en compte tout le respect dû à chaque individu loup pour ce qu’il est en réalité : un être vivant, comme nous, avec sa propre perception de la relation que nous lui imposons. Je le fais en appelant de leur soutien tous ceux qui ont apprécié un jour l’immense bonheur de venir respirer un peu d’air de Lozère sur le site envoûtant de Ste Lucie.

Certes, nous n’avons pas nécessairement besoin des loups du Gévaudan pour vivre. Il faut cependant les préserver parce que nous avons besoin de développer nos qualité humaines nécessaires à leur survie. C’est de ces qualités là dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes.

Robert Igel, auteur du livre "Quand on parle du Loup",
Conseiller scientifique au parc animalier de Ste Croix.

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