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On parle toujours du loup avant qu’il ne sorte du bois

jeudi 27 janvier 2005, par Action Nature

« pourquoi, alors qu’il n’est pas encore question de loup en Auvergne, vouloir déjà lancer ainsi un sujet
aussi sensible sur la table politique, et d’une manière aussi exagérée ? »

Le 15 Novembre dernier, le Groupe de l’Union pour l’Auvergne (UMP et apparentés) du conseil régional proposait un texte contre le retour du loup en Auvergne.

Pourquoi le loup, pourquoi en Auvergne ? Le texte explique : « De récents événements ont mis en évidence les dangers que représente le loup en France pour l’élevage ovin. Par exemple, en juillet 2004, 140 brebis, attaquées par un loup dans les Alpes, se sont précipitées du haut d’un
ravin et se sont tuées. À priori, l’Auvergne n’est aujourd’hui pas concernée. Bien que rien ne nous permette de confirmer que des loups sont actuellement présents dans le Massif Central, des analyses génétiques nous ont apporté la preuve que récemment, les loups, certains en provenance
des Alpes, soient passés dans le Massif. Ainsi, un loup d’origine italienne a été tué lors d’une collision
avec une automobile dans le Cantal, le 9 octobre 1997. Un autre, a été abattu par un éleveur du Puy-de-Dôme en juillet 1999. Toutefois, les spécialistes s’attendent
à un retour du loup en Auvergne d’ici à 10 ans, ce qu’a confirmé récemment dans une interview à La Montagne le
député communiste André Chassaigne. »

Soit. Les choses en sont effectivement là, encore que nous pouvons toujours nous poser la question de savoir comment
évaluer ce genre d’échéance. Le loup est passé en Auvergne, il y est peut être encore, il y sera sûrement un jour. Mais admettons les faits tels qu’ils sont exposés et voyons la suite :
« Aussi, le Conseil Régional d’Auvergne, conscient de ces dangers, s’oppose à toute réapparition du loup dans le Massif Central. Il souhaite que le Gouvernement reprenne
dans le futur projet de loi sur la biodiversité les propositions du rapport de la Commission d’enquête
parlementaire, notamment celle permettant de déterminer des seuils de compatibilité, entre l’élevage et la
présence de loups et délimiter des territoires où la protection serait intégrale, des territoires où le loup pourrait être prélevé sous certaines conditions
et des territoires où sa présence ne devrait pas être tolérée. »

Ce texte n’a pas été admis par la majorité
du conseil régional, gênée par l’idée de se déclarer opposée « à toute réapparition du loup en Auvergne ». Sage décision.

Mais pourquoi, alors qu’il n’est pas encore question de loup en Auvergne (aucun indice officiellement connu),
vouloir déjà lancer ainsi un sujet aussi sensible sur la table politique, et d’une manière aussi exagérée (il est écrit clairement qu’il s’agit d’un danger...) ?

Le loup est un sujet difficile qui met en jeu des partisans et des opposants. Il appartient donc aux personnalités
politiques de ne pas envenimer (et politiser) la confrontation, en se plaçant plutôt comme arbitres.
L’arrivée du loup étant visiblement imminente, il est urgent de mettre en oeuvre cet arbitrage en appuyant le
débat de préférence sur des données techniques précises, permettant d’éviter toute surenchère, plutôt qu’en véhiculant la crainte.

Il faut par exemple que la région Auvergne établisse une estimation de son potentiel d’accueil ainsi que l’impact
possible de la présence du loup. Ainsi serait-il intéressant de confronter l’écologie du loup (adaptation au milieu, mobilité, régime alimentaire...) aux caractéristiques de l’élevage ovin.

Seule cette confrontation permettra de cibler les zones concernées et les méthodes de protection nécessaires, le
retour du loup ne devant se faire en aucun cas au détriment de l’élevage ovin.
Bien sûr, qui dit méthodes dit financements. Mais l’on peut aussi rappeler qu‘il existe déjà une multitude de travaux
sur ces thèmes. Espérons donc que les acteurs régionaux
d’Auvergne seront sensibles à l’idée que seuls l’échange, l’écoute et la confiance seront capables de servir
un débat saint et cohérent autour de Canis lupus. Lorsque la réflexion aura été menée de manière suffisamment
construite, toute proposition pourra alors être admise comme sérieuse et envisageable.

P.-S.

Source : Lettre d’Action Nature N°19

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