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Les loups sont-ils capables de carnages ?

jeudi 20 janvier 2011, par Marie-Claire

Les loups de par le monde, chassent comme tous les grands prédateurs sans rompre les équilibres essentiels ou « lois de la nature ». Contrairement au chien, les loups ne chassent pas par jeu mais bien pour assurer la nourriture de la meute et des jeunes de l’année.
Selon la civilisation Inuit, le loup est appelé « le médecin des Rennes », envoyé par la déesse mère, pour manger les rennes malades ou vieux qui affaiblissent le troupeau. Cette vision mythique du loup introduit la notion de prédateur permettant le maintien d’un équilibre essentiel entre les grands herbivores (espèces-proies) et leur milieu naturel.

Alors, le loup est-il un ogre, un assassin aveugle ? La réponse à cette question amène à considérer 3 principaux éléments. Un assassin aveugle ne sélectionne pas ses proies, il tue « au hasard ». Un ogre tue une quantité énorme de proie à chaque attaque, apte à satisfaire son gigantesque appétit. Les attaques se multiplient tant que le quota alimentaire journalier n’est pas atteint.

Le loup sélectionne ses proies. Mais ses critères sont variés et dépendent étroitement du territoire et des espèces (V.VIGNON in ATEN, cahier technique n°69, 2002) :

  • l’accessibilité de la proie : le loup va s’orienter davantage sur des proies "faciles à attraper", c’est-à-dire malade ou faible (jeunesse, vieillesse, blessure...). Cela lui permet d’obtenir un bon rapport quantité d’énergie dépensée à la chasse/ quantité d’énergie retrouvée après consommation de la proie.
  • la taille ou l’âge de la proie : le loup ajuste la taille corporelle de sa proie-cible au nombre d’individus qui chassent ensemble (=taille de la meute). Un loup solitaire chasse des petites proies au maximum équivalentes à son propre poids. Quand des meutes se constituent, on assiste à un changement progressif et sélectif dans la taille des proies.
  • l’abondance / répartition de telle ou telle espèce sur sont territoire de chasse. Il écrête préférentiellement les hautes densités d’ongulés proies (également parce que si ces ongulés sont plus nombreux, la recherche de la proie dure moins longtemps). Les meutes peuvent réorganiser leur territoire en fonction des variations d’abondance de leurs espèces-proies.
  • les opportunités saisonnières : si les espèces-proies mettent bas de manière échelonnée, le loup suit cette succession et se déplace d’espèce-proie en espèce-proie en fonction des naissances. Ainsi, les espèces d’ongulés peut adaptées aux forts enneigements seront prédatées l’hiver car elles sont facilement accessibles (difficultés de déplacement).
  • le comportement de la proie : une proie qui s’affole sans fuir sera prédatée parce que facile à attraper, de même qu’une espèce peu attentive à son environnement (manque de vigilance).

Le loup attaque mais le nombre de ses victimes est généralement réduit même sur les ongulés domestiques. Les résultats des déclarations pour indemnisation ont été analysés dans le cadre du premier programme LIFE, sur toute la zone de présence des Loups dans l’arc alpin. Depuis 1992, il apparaît qu’une majorité des attaques (43%) ne fait qu’entre 1 et 2 victimes. Pour 28%, le nombre s’élève à 3 ou 4 victimes. Les attaques faisant plus de 16 victimes sont rares, seulement 3% dans le cadre de cette étude (sc : rapport LIFE-Loup de février 99, L’info-Loup déc.1998 n°5).

Les nombres impressionnants (supérieur à 16) de victimes lors d’attaques sur des troupeaux s’expliquent à 99% par des dérochements, suite à l’affolement du troupeau.
Mais même sans attaque de loups, ces dérochements peuvent se produire quelque soit le motif du dérangement : chiens non gardés en laisse, orage, etc.

Néanmoins, pour être honnête, il existe quand même des cas d’over-killing chez les loups.
En effet, dans des conditions naturelles, le loup choisit ses proies en fonction de critères bien précis, de manière à avoir le plus de chances de réussite possible. Sur une harde de chamois, par exemple, il choisira celui présentant les caractéristiques de la proie idéale (animal affaibli, blessé ou âgé, bref dont les moyens de défense et de fuite sont amoindris).

Le problème peut se poser (comme à tout autre prédateur) quand le loup a en face de lui quantité de proies potentielles présentant toutes les caractéristiques de la proie idéale. La prédation peut alors dépasser les besoins alimentaires. Ce phénomène appelé « over-killing » est tout de même assez rare comme en témoignent les statistiques.

Le loup n’a pas les mêmes besoins alimentaires selon son territoire de chasse. Les innombrables études menées sur les loups (notamment transatlantiques) ont apporté des indications sur la quantité de nourriture nécessaire à un animal pour assurer sa survie. Il ressort que cette quantité moyenne varie en fonction de divers éléments, dont la taille du territoire de la meute, l’abondance des proies, les espèces présentes, la taille de la meute etc.

Pour ne détailler que deux... :

  • La taille de la meute. Plus la meute est grande, plus les chances de succès lors des attaques est importante et le partage des tâches équilibré, d’où une moindre dépense d’énergie par individu. Plus la meute est grande, plus la recherche des proies sera efficace (surtout si sur le territoire, elles sont abondantes) et rapide, d’où encore moins d’énergie dépensée etc.
    Ainsi, une meute de 16 loups consomme en moyenne 5 kg/jour/loup alors qu’une meute de 2 loups consommera 8 kg/jour/loup (Thurber et Perterson, 1993).

Or, la taille des meutes françaises est nettement inférieure à celles des loups transalpins ou transatlantiques. Elle n’excède jamais 8 individus (ex. meute du Queyras en 2002), pour une moyenne de 5 (meutes de Vésubie-Roya, Impéria / Bedola, Val Pesio / Roya en 2002) et un minimum de 2 individus (6 meutes sur 11). En Europe, la taille des meutes est surtout liée au contrôle exercé par l’homme et les meutes importantes sont très rares. Leur consommation est donc plus importante qu’elle ne pourrait l’être proportionnellement...

  • La diversité des proies. Plus le territoire de la meute est riche en grands ongulés (mouflons, chamois, cerfs...), plus l’effort à fournir par la meute est grand, lors de l’attaque. Mais la consommation de l’animal -proie compense largement les dépenses énergétiques de la meute. Celle-ci est davantage « rassasiée » que si elle doit reporter sa prédation sur un nombre important de petites proies, peu avantageuses en terme énergétique. Plus les proies sont petites plus la meute devra en consommer, plus elle devra chasser, plus elle consommera de l’énergie etc. Elle ira donc au « plus facile », c’est-à-dire les ongulés domestiques en troupeaux non gardés.
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