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Les enfants-loups

jeudi 30 mai 2002, par Jean-Marc Landry

L’histoire des enfants élevés par des loups ou d’autres animaux remonte à l’Antiquité. La plus célèbre des légendes est peut-être celle de Romulus et Remus, les fondateurs de Rome.

Il existe en tout cas deux versions de l’histoire. Romulus et Remus étaient des jumeaux nés d’une femme qui s’appelait Ilia ou Rhea ou Silvia. C’était une prêtresse (vestale) vouée à la chasteté et chargée d’entretenir les feux sacrés. Le Dieu Mars était supposé être leur père. Quand les enfants naquirent, ils furent bannis. Un berger de cochons nommé Faustulus qui était chargé de se débarrasser des enfants les ramena chez lui. La rumeur prétendait que sa femme était une prostituée. Elle se serait occupée d’eux. La légende qui affirme que c’est une louve qui a allaité les deux enfants pourrait provenir d’une confusion entre la prostituée et la louve qui sont dénommées par le même nom en latin : Lupa. Une autre version de la légende raconte aussi que Faustulus aurait trouvé les enfants dans la tanière d’une louve qui les aurait nourris. Le fondateur de la nation turque aurait aussi été élevé par des loups.

Neuf enfants-animaux (enfants-mouton, enfants-ours, enfants-vache et enfants-cochon) ont été classé par Linné en Homo ferus (homme errant ou sauvage). Linné et d’autres ont décrit plus de 40 cas jusqu’à la fin du 19e siècle. Au 20e siècle, il y a eu une foule de rapports d’enfants- loup en Inde, d’enfants-babouin, d’enfants-gazelle et d’enfants-singe en Afrique. Tous ces enfants ont été assimilés à des enfants-loups parce que l’on pensait qu’ils avaient été élevés par des animaux sauvages, mais surtout parce qu’ils se comportaient aux yeux des observateurs comme des loups sauvages. Ils haïssaient porter des habits, ils avaient un penchant pour la viande crue, se cachaient de la lumière pendant la journée et se baladaient la nuit. Ils hurlaient et griffaient ceux qui s’occupaient d’eux, retroussaient leurs lèvres pour indiquer un mécontentement, haletaient quand il faisait chaud et courraient à quatre pattes. Il n’a pas fallu beaucoup d’imagination pour que l’on croie que ces enfants ont été élevés par des loups. Dans les années 50, des psychologues de l’université de Chicago traitèrent 19 cas semblables à ceux décrits plus haut. Certains enfants construisaient des sortes de tanières dans le coin de leur chambre et y rampaient pour manger de la nourriture crue qu’ils préféraient. Un de ces enfants, une fille attaqua si sauvagement à plusieurs reprises une personne de l’équipe que celle-ci dut recevoir plusieurs fois des soins. Les enfants aimaient lécher le sel et courir à petits bonds dans les corridors pendant la nuit. Ces enfants ne furent pas trouvés dans les bois, mais étaient issus des classes moyennes en Amérique. C’étaient des autistes profonds.

La notion d’enfant-loup, c’est-à-dire un enfant élevé par des loups, est une croyance répandue. Rousseau rapporta l’existence d’un enfant-loup en 1344. Il est probable que la majorité des cas d’enfants-loup décrits par différents témoins soient plutôt des enfants qui souffraient d’autisme ou de schizophrénie provenant de problèmes congénitaux ou/et psychologiques.

Le cas le plus célèbre d’enfants-loup est sans doute celui des deux filles indiennes Amala et Kamala. Le révérend Singh aurait aperçu les deux filles un samedi soir (le 9 octobre 1920) hors du village de Godamuri situé à 120 km au sud ouest de Calcutta. Il effraya trois loups adultes et trouva au fond d’une tanière deux louveteaux et deux filles pelotonnées, mortes de peur. Quelques semaines plus tard, la tanière fut excavée et un des trois loups fut tué. Les deux louveteaux et les deux fillettes furent vendus au marché de Godamuri. Les deux filles furent placées dans une cage où elles ne pouvaient pas se tenir debout. Le révérend Singh les retrouva 5 jours plus tard pataugeant dans leurs excréments, mortes de soif, de faim et visiblement abandonnées par l’acquéreur. Après un voyage de 7 jours dans un char à bœuf, les deux filles arrivèrent à l’orphelinat du révérend Singh. (Certains textes rapportent que le révérend aurait récupéré les deux fillettes à la tanière et ne font pas mention de l’épisode du marché). Amala mourut une année plus tard à l’âge d’environ deux ans et demi et Kamala vécut 9 ans. Elle mourut d’une urémie (accumulation dans le corps de produit azoté, généralement de l’urée due notamment à un dysfonctionnement des reins).

Amala et Kamala se comportèrent comme des autistes profonds, mordant et hurlant, mangeant de la viande crue, préférant la nuit, insensibles à la chaleur ou au froid, possédant une acuité auditive, un odorat performant et une vue faible. Elles avaient des problèmes de langage. La différence entre ces deux enfants et d’autres cas est qu’Amala n’a jamais marché debout et que Kamala n’y est parvenue que très tardivement. Ce comportement pourrait être assimilé à une régression infantile causée par le traumatisme qu’elles subirent les deux semaines après leur excavation.

Amala et Kamala pourraient être des enfants abandonnés par leurs parents qui auraient trouvé refuge dans la tanière d’une famille de loups. On a constaté que de tels enfants avaient une facilité relationnelle incroyable avec les animaux et notamment avec les chiens. Le fait que le révérend Singh les ait trouvées dans une tanière ne signifie par qu’elles vivaient à cet endroit. Les scientifiques sont partagés face à cette histoire incroyable.

P.-S.

Dans son ouvrage L’énigme des enfants-Loups, Serge Aroles, qui a ouvert les archives relatives à ce cas (registres du diocèse de Calcutta, archives de la Church Missionary Society, fonds des manuscrits de la Bibliothèque du Congrès, à Washington, etc.), déclare : « A la vérité, Kamala était une fillette déficiente mentale (affectée d’un syndrome de Rett) qu’un escroc, Singh, frappait à coups de bâton afin qu’elle marchât à quatre pattes devant ses visiteurs : " Attention ! C’est la fille élevée par des loups ! Elle est féroce !" »

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