La Louveterie :

C’est Charlemagne qui posa les jalons de cette administration qui, bien que parfois malmenée, existe toujours aujourd’hui. Les luparii ont été institués par le capitulaire de Villis en 813. Ces chasseurs spécialisés recevaient en échange de leurs services des exemptions aux devoirs militaires par l’Etat, et une prime touchée auprès des habitants à chaque loup tué.

Dès lors, l’attribution régulière de "lettres de louveterie" depuis cette période laisse à penser que ce système a perduré. C’est, sous François Ier, l’ordonnance de mai 1520 qui donne un statut officiel à la Louveterie. L’existence de ce corps d’Etat laisse alors ouverte deux polémiques, celle de son organisation et celle de son utilité.

Dans le premier cas, ce sont les fluctuations de l’agencement statutaire du corps qui serviront d’indice. Elles permettent de jeter un regard intéressant sur la manière dont un dirigeant approchait la destruction des loups. Les louvetiers n’ont pas toujours eu les mêmes prérogatives ni des avantages identiques.

Leur mode de rémunération a évolué par exemple. On peut citer une ordonnance de 1404, sous Charles VI, qui indique que les taxes par loup sont à toucher dans les villages avoisinants.

En 1443, une autre Ordonnance royale, de Philippe le Bon cette fois, précise : «…pour chacun loup ou loupve que (le louvetier) prendra ou fera prendre, il aura et prendra pour tous fraiz deux deniers tournois sur chascun estant à deux lieues à la ronde près du lieu ou lesdits loups et loupves auront esté prins…». A l’autre bout du monolithe monarchique français, on trouve une ordonnance royale de 1785, signée de la main de Louis XVI. Ici, les louvetiers ne peuvent plus prélever de taxe sur les habitants. En contrepartie, ils sont exonérés d’impôts.

Un autre exemple peut être puisé dans leur indépendance en tant qu’administration. Certains gouvernants auront en effet à cœur de placer la louveterie sous le contrôle d’un autre corps d’Etat. Il en fut ainsi notamment avec les Eaux et Forêts. Une approche comparée du rôle relatif de ces deux corps d’Etat apporterait certainement un éclairage intéressant sur le mode de gestion de la faune et de la flore sous l’Ancien régime.

En attendant, nous pouvons toujours citer en guise d’exemple une ordonnance d’Henri IV, qui, dès 1597, place les Maîtres des Eaux et Forêts en supérieurs hiérarchiques des sergents de louveterie. Cette autorité sera dégagée en 1783. Les rapports entre les deux administrations n’ont pas toujours été aussi clairs, notamment quant à l’organisation des battues, dont le droit d’initiative est passé de l’un à l’autre voire été concurrent.

La seconde controverse permet d’analyser l’efficacité de ce modèle français, aussi bien relativement que dans l’absolu. C’est à dire dans son mode de fonctionnement et dans la mise en cause de son existence.

La louveterie a pour objectif d’organiser la destruction des nuisibles en général et des loups en particulier. Les moyens employés en vue de la réalisation de cet objectif n’ont pas tous eu la même réalité. L’autorité nécessaire à la conduite des battues et les moyens nécessaires à la chasse aux loups, sans oublier le cadre général de limitation de la chasse sus évoqué, ont fait des louvetiers un corps de nobles locaux sous l’ancien régime. Dès lors, leur statut social et l’importance de leur rôle conféraient aux louvetiers les pleins pouvoirs. Ce sont les abus liés à cette situation qui eurent à être encadrés.

La présence des loups était parfois moins dommageable que celle des louvetiers pour les paysans. Devant ces abus le corps sera même dissout par deux fois, par Charles VI tout d’abord, dès 1395. Il est toutefois contraint de le rétablir 9 ans plus tard face à la recrudescence des animaux. En 1787, l’initiative sera renouvelée, une ordonnance royale supprime le corps. L’Empire est contraint au rétablissement de la louveterie avec la loi du 8 Fructidor an XII.

L’encadrement des actions de la louveterie sera également judiciaire. Nous avons l’exemple d’un lieutenant de louveterie, Monsieur de Bagneux, condamné par le tribunal de police correctionnelle de fontenay pour avoir poursuivi un nuisible sur le territoire d’autrui en 1810. De même, plus tard, l’assignation à un territoire doit être respectée par le lieutenant de louveterie.

La polémique liée à l’existence de la louveterie est toujours vivace. Ce corps n’a en effet pas disparu avec l’animal. En 1971, par l’intermédiaire de la loi n° 71-552 du 9 juillet, il a été, selon les termes de la loi "adapté à l’économie moderne". C’est à dire à l’absence des loups,  y voir là un lien avec l’économie moderne nous laisse quelque peu dubitatif. L’organisation moderne de la louveterie fait de ses membres des auxiliaires techniques bénévoles de l’administration.

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